Sa boutique de tiramisus cartonne, en centre-ville de Saint-Brieuc. Saïan y passe sa vie, fier d’avoir développé ce concept de ses mains « Oh Misu ! ». L’entrepreneuriat, il adore, et raconte comment à 24 ans il a mûri son approche, pour construire son avenir.
Nom : LAUNAY
Prénom : Saïan
Âge : 24 ans
Signes distinctifs : déterminé et discipliné.
Nom de l’entreprise : Oh Misu !
Nature de l’activité : boutique spécialisée de tiramisus faits maison.
Pouvez-vous vous présenter ? Qu’est-ce qui vous a mené vers l’entrepreneuriat ?
J’ai grandi à Paris, et je suis venu ici, à Saint-Brieuc, puis reparti, en fonction des opportunités de travail de mes parents. Nous avons continuellement vécu dans des quartiers prioritaires. Depuis tout petit, j’ai toujours entrepris. Le fait d’être défavorisé me donnait encore plus l’envie de réussir. Dès l’âge de quinze ans, j’ai commencé avec des petits business de « trading », « dropshipping », « e-commerce », c’est-à-dire des boutiques en ligne. Je m’y connaissais en informatique, alors je créais des sites internet, pour la vente de produits. Je me débrouillais bien. Mais j’étais trop jeune pour gagner et gérer de l’argent, je n’étais pas éduqué sur ces questions. J’ai fait n’importe quoi, j’en ai pris conscience et j’ai lu beaucoup de livres, notamment de développement personnel, pour avancer. Ce qui m’a donné le plus envie d’entreprendre, c’est le challenge avec moi-même. Cela me fait vibrer, l’idée que j’arriverai à mieux.
Quel projet avez-vous développé et pourquoi ?
Après tout ce parcours d’entrepreneur non aguerri, je suis retourné au travail salarié. J’ai fait des saisons dans des grands hôtels et restaurants en tant que serveur, mon diplôme initial. L’idée de mon business a émergé ainsi, autour d’un produit. J’avais vu sur les réseaux sociaux que le tiramisu était tendance. Il n’y en avait pas à Saint-Brieuc. J’ai voulu tenter. C’est ce que j’aime dans l’entrepreneuriat, lancer une idée et faire le pari que cela marche. J’ai souhaité travailler une recette d’exception. Je suis allé la chercher auprès du chef Louis Vitton à Courchevel, que je connaissais, car j’avais travaillé avec lui au sein de l’établissement White 1921. Il m’a dit : « Si tu veux vraiment te lancer, prends une recette et on la travaille ensemble ». Je suis rentré avec la meilleure recette et j’ai lancé « Oh Misu ! ». La boutique a ouvert le 19 septembre 2025. Je propose une quinzaine de variétés de tiramisu à emporter et en livraison.
«Depuis tout petit, j’ai toujours entrepris. Le fait d’être défavorisé me donnait encore plus l’envie de réussir.»
Quels ont été les réussites et les freins dans la mise en œuvre de votre projet ?
Cela marche très bien. Depuis que j’ai ouvert la boutique, je suis en rupture de stock tous les jours. Je n’ai pas de perte. Maintenant, ce n’est pas sans peine, je travaille énormément, je passe ma vie à la boutique. Je cuisine, je vends et me charge également des livraisons. Parfois, comme la recette est très exigeante, la base de tiramisu ne prend pas comme je voudrais, alors je recommence… Le premier coup de frein a été l’investissement initial pour installer la boutique. Je me suis beaucoup fait aider par mes propres amis. J’ai dû également apprendre toutes les règles avant d’ouvrir. J’ai suivi une formation en hygiène. Ma réussite, c’est de voir que les clients sont au rendez-vous. Cela me fait plaisir, car je fais du bénéfice sans reproduire mes erreurs passées. Comme c’est une boutique physique, je n’ai pas le droit de me tromper. Je dois être carré au maximum. Je suis concentré. Le seul objectif pour moi, c’est d’économiser pour acheter une maison pour mes parents. Je me donne à fond et ma récompense, c’est de voir le sourire sur leur visage. Pourtant, ils étaient très réticents au début. Mes parents sont tout le contraire de moi, ils sont inquiets. Mais cela se comprend, quand on a grandi avec les Restaurants du Cœur, la Croix rouge… Leur désir de sécurité est légitime, mais moi, je fais tout le contraire ! J’adore la prise de risque. Jamais je ne reviendrai vers un patron.

Comment et par qui avez-vous été accompagné dans le montage de votre projet ?
Avant d’ouvrir cette boutique, j’ai voulu racheter un restaurant. C’est à ce moment-là que je me suis rapproché des aides de la Ville, aussi de l’Adie et Bretagne Active. C’était formateur, j’ai dû faire un speech devant un comité composé d’avocats, banquiers, comptables… Cela m’a beaucoup aidé, moi qui viens d’en bas. Je ne suis pas né dans ce milieu. Je n’ai pas été longtemps à l’école ni au lycée. Je travaille depuis mes 15 ans. Les règles, les lois, les normes, je ne les connaissais pas. C’est important de les apprendre pour se développer de manière sécurisée. Il y a tellement d’aides, mais également tellement de règles à respecter, que c’est bien d’être accompagné. Devant un comptable, un banquier, il faut pouvoir convaincre quand on est un jeune des quartiers. Peu de monde croyait en moi.
« Devant un comptable, un banquier, il faut pouvoir convaincre quand on est un jeune des quartiers. »
Quelles sont les particularités d’entreprendre quand on est issu d’un quartier prioritaire ?
Je n’exerce pas dans un quartier prioritaire, mais j’en suis issu. J’y habite encore. C’est une force parce que l’on se connait tous. C’est dans les quartiers que l’on s’entraide le plus. Quand j’ai ouvert, je connaissais 95 % de mes clients, ce sont des gens avec qui j’ai grandi. Quand je vois certaines personnes défavorisées dans ma boutique qui n’ont pas assez d’argent, j’offre une boisson. Je fais des promotions à chaque fin de mois, car je sais que c’est un moment difficile. Cela amène un monde impressionnant. Quand je vois des petits qui viennent à plusieurs et comptent leurs pièces, je me reconnais à leur âge. Aussi, quand je ne suis pas satisfait de la consistance de ma pâte, c’est moitié prix. Je tiens à ce que mon business reste axé sur le plaisir, celui d’offrir quelque chose de bon à quelqu’un. Et parfois de donner. Je remarque autour de moi que la jeunesse a envie d’entreprendre. Quand ils voient ma réussite, ils me soutiennent. Je pense que cela leur fait plaisir de voir quelqu’un qu’ils connaissent réussir, alors qu’on faisait les mêmes bêtises à l’école, qu’on vient du même endroit. La galère, certains continueront dedans. Moi, je prends cela comme une force. Certains me disent : « jamais je n’aurais misé sur toi. » Alors, quand on réussit, cela donne de l’espoir.
Quels sont vos souhaits pour l’avenir et pour développer votre activité ?
Je souhaite que l’engouement continue. Mon but est d’implanter « Oh Misu ! » partout. J’aimerais en ouvrir un deuxième, dans une autre ville. J’y réfléchis actuellement, avec une étude de marché… Si j’ouvre trois magasins, je pourrais développer une franchise. Dans l’entrepreneuriat, il y a deux sortes de gens : ceux qui veulent exercer leur métier et travailler pour eux même, et les autres, qui veulent entreprendre d’abord, peu importe la nature de l’activité. Je fais partie de ceux-là, qui veulent multiplier leur commerce, le franchiser, le faire grandir, quitte à ce qu’il tourne un jour sans que je sois dans la boutique…
Propos recueillis par Marie Fidel


