Portrait d’entrepreneur. Damien REMISSE, tracer sa route | Saumur

Aîné d’une famille de huit, en Guyane, Damien Remisse a surmonté de nombreux obstacles depuis l’enfance, sans jamais lâcher le volant. Il a usé de dextérité, de courage et d’ingéniosité pour négocier les tournants délicats de la vie et avancer, droit devant, vers son projet d’entreprise de transport de biens et de personnes, à Saumur où il a fondé sa famille.

Nom : Remisse
Prénom : Damien
Âge : 38 ans
Signes distinctifs : Persévérant, Damien ne considère pas la difficulté comme un échec.
Nom de l’entreprise : AFDD Transport (Associé Financier de Dieu).
Nature de l’activité : Livraison de colis de tous gabarits et transport ambulancier de personnes limitées.

Pouvez-vous vous présenter ? Qu’est-ce qui vous a mené vers l’entrepreneuriat ?

Je suis né en Guyane française, un très beau département avec beaucoup de richesses naturelles. Je suis fils d’agriculteurs, l’aîné d’une famille de huit enfants. Le divorce de mes parents a entraîné des difficultés financières. Très vite, j’ai dû devenir mature et faire figure de modèle pour mes frères et sœurs. J’aidais ma mère qui gérait son entreprise : « Towap Toute », qui signifie « trouve-tout ». Ces difficultés m’ont appris à travailler dur, pas seulement pour m’en sortir seul, mais pour aider à mon tour. Je n’ai pas à me plaindre. La volonté, cela forge des hommes et des femmes. Je n’avais pas encore conscience de ce qu’était l’entrepreneuriat. Je m’en suis réellement rendu compte dix ans plus tard. Plusieurs événements de mon enfance, de mon parcours scolaire et professionnel m’ont mené vers ce projet d’entreprise de transport.

« Mes difficultés personnelles m’ont appris à travailler dur, pas seulement pour m’en sortir seul, mais pour aider à mon tour. »

Quel projet avez-vous développé et pourquoi ?

J’ai été titulaire d’un CAP maçon, d’un BEP et BAC en gros œuvre. Je voulais initialement être ingénieur dans le bâtiment, mais j’ai rencontré des épreuves dans ce parcours : fermeture de classe, ou faillite des entreprises qui pouvaient m’employer et me rémunérer. J’avais besoin d’une stabilité financière. Comme j’étais sportif et diplômé, j’ai pris la décision de m’engager dans l’armée en 2021. J’ai intégré le 2e régiment de dragons pendant cinq ans, en France hexagonale. J’ai passé mon permis poids lourd et découvert une passion pour le transport. Je me suis dit : demain, je serai chauffeur professionnel. Mais j’ai été blessé dans l’armée. J’ai dû arrêter. J’ai passé ma FIMO (formation initiale minimum obligatoire) en 2019. J’ai obtenu mon contrat de professionnalisation et commencé à travailler en intérim. J’étais alors à Saumur. Une entreprise m’a proposé un emploi, je commençais tout juste quand le Covid est arrivé et a provoqué des licenciements. Les plus jeunes devaient partir d’abord. J’ai réfléchi et c’est le moment où j’ai envisagé de passer à l’entrepreneuriat, et de monter ma société de transports.

Quels ont été les réussites et les freins dans la mise en œuvre de votre projet ?

Il me fallait beaucoup d’informations. J’ai commencé petit, en devenant livreur pour Uber Eats, qui payait à la course et non au kilomètre, comme une autre entreprise qui m’avait aussi proposé de collaborer. J’ai payé mon numéro de Siret pour ma micro-entreprise et postulé, mais on m’a annoncé qu’il y avait une réforme depuis le Covid, que je ne pouvais utiliser que le vélo. Pour utiliser une voiture, il fallait passer la capacité professionnelle de transport. La formation coûtait 1500 euros. J’ai trouvé cela injuste de devoir justifier d’un niveau BTS pour livrer un kebab… Pour limiter les places, on nous impose de nouvelles formations et obligations. Alors j’ai commencé en vélo. Je me suis retrouvé à faire jusqu’à 80 kilomètres en une journée. Je travaillais même en cas d’intempéries, parfois sous la grêle. Mon obstination a fini par payer. J’ai aussi fait des missions d’intérim comme livreur. Un jour, le véhicule est tombé en panne. Je me suis levé à 2 heures du matin et j’ai pédalé 25 kilomètres en vélo pour assurer la livraison. Le gérant de l’entreprise a trouvé un peu fou que je fasse tout cela pour honorer mon engagement. Après cela, la société d’intérim m’a proposé un contrat de professionnalisation pour devenir chauffeur poids lourd. J’ai passé mes Caces et maintenant je vise le permis super poids lourd. Je continue avec Uber Eats en attendant, les soirs et weekends, mais la plateforme a baissé ses commissions. Aujourd’hui, on ne peut plus en vivre. Voilà pourquoi j’ai décidé de monter d’un cran, de passer ma capacité de transport et de prendre un véhicule en leasing.

« J’ai commencé en tant que livreur Uber en vélo. Je me suis retrouvé à faire jusqu’à 80 kilomètres en une journée. Je travaillais même en cas d’intempéries, parfois sous la grêle.»

Comment et par qui avez-vous été accompagné dans le montage de votre projet ?

J’ai mené ce projet seul, comme la plupart des choses dans ma vie. J’ai discuté de mon projet avec mon épouse, avec qui je suis marié depuis 9 ans. L’Adie est arrivée sur ma route au moment où je commençais à passer ma capacité de transport. Ils pourront m’appuyer quand je prendrai mon véhicule. Dans la capacité de transport, on ne nous apprend pas vraiment à gérer une entreprise, mais plutôt à calculer le financement, les kilométrages… J’ai consulté beaucoup de tutoriels, de livres, j’ai posé des questions et frappé à toutes les portes. Ma mère m’a dit de me renseigner à la chambre du commerce.

Quelles sont les particularités d’exercer votre activité en quartier prioritaire ?

Il n’y en a pas. Dans le monde de l’entrepreneuriat, c’est nous qui bâtissons notre image. Être dans un quartier prioritaire peut être un boost ou un frein, cela dépend de ce que vous en faites. Les gens ne se rendent pas compte que l’on est dans un quartier difficile si on est discipliné, droit. On peut tomber sur des gens qui admirent cela, justement, des clients fidèles qui souhaitent encourager votre acharnement et votre détermination au travail.

Quels sont vos souhaits pour l’avenir et pour développer votre activité ?

Je souhaite obtenir ma capacité de transport, ma licence de transport et commencer à travailler. Je souhaite devenir taxi médical. J’ai déjà commencé à faire les papiers pour passer mon PSC1 (formation aux premiers secours) et ma qualification de VSL (véhicule sanitaire léger). Je souhaite avoir mon véhicule et commencer à démarcher les hôpitaux en proposant mes services. Ma mère, avant ses derniers jours, utilisait ces transports ambulanciers. Elle hésitait parfois à les solliciter et me demandait très souvent. J’ai remarqué que certaines personnes à mobilité réduite ont de l’appréhension. J’ai fait l’armée, j’ai été ouvert au monde et aux gens, j’ai besoin de rendre service, de me sentir utile. Dans l’armée, je souhaitais protéger les gens, j’ai le même sentiment dans le monde du transport. Cela m’intéresse et je veux développer ce service pour les gens : le transport médical. L’histoire n’est pas terminée…

Propos recueillis par Marie Fidel

 

 

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