Portrait d’entrepreneur. Ikram AHMED, une épicerie pour la vie du quartier | Brest

En ouvrant Idéal Market dans son quartier brestois, Ikram crée plus qu’une épicerie. Il porte un lieu de rencontre, un service de proximité qui répond aux besoins des habitant·es. Ce projet reflète aussi sa manière de s’enraciner.

Nom : Ahmed
Prénom : Ikram
Âge : 59 ans
Signes distinctifs : Gentil, honnête, intègre.
Nom de l’entreprise : Idéal Market.
Nature de l’activité : Épicerie (Alimentation et Bazar).

Pouvez-vous vous présenter ? Qu’est-ce qui vous a mené vers l’entrepreneuriat ?

Je suis originaire du Bangladesh. Avant d’arriver en France en 2018, j’ai consacré une grande partie de ma carrière au secteur social dans mon pays, où j’étais directeur exécutif d’une ONG. Cette expérience m’a profondément marqué ; j’aime le travail qui sert l’intérêt général et qui a un impact direct sur la vie des gens. Lorsque j’ai obtenu mon statut de réfugié en France et que j’ai commencé à m’installer à Brest, dans le quartier de Pontanézen, une évidence s’est imposée à moi. Je voulais continuer à contribuer positivement à la société, mais cette fois-ci par l’entrepreneuriat. L’entrepreneuriat représente pour moi la meilleure façon de m’intégrer pleinement, de devenir autonome et de participer activement à l’économie locale.

«Je voulais continuer à contribuer positivement à la société, mais cette fois-ci par l’entrepreneuriat.»

Quel projet avez-vous développé et pourquoi ?

Mon projet est l’ouverture d’une épicerie-alimentation de proximité dans le quartier de Pontanézen, à Brest. L’objectif est de créer bien plus qu’un simple commerce. Je veux établir un lieu de vie, un point de rendez-vous convivial où les habitant·es peuvent trouver des produits de première nécessité de qualité, mais aussi découvrir une sélection de spécialités et produits du Bangladesh et d’ailleurs. J’envisage un endroit qui favorise le lien social et reflète la diversité de notre quartier. Les raisons pour lesquelles j’ai choisi ce projet sont multiples. C’est d’abord une réponse à un besoin concret que j’ai observé en vivant ici. Une épicerie de proximité est essentielle pour les habitant·es, surtout pour ceux qui n’ont pas facilement accès à de grands supermarchés. Deuxièmement, cela me permet de rester fidèle à l’engagement de mon passé dans l’humanitaire, qui m’a appris l’importance du service aux autres. Enfin, c’est un projet qui me permet de partager une partie de ma culture à travers ses saveurs, tout en m’enracinant profondément dans ma ville d’adoption, Brest.

Quels ont été les réussites et les freins dans la mise en œuvre de votre projet ?

La plus grande réussite est l’accueil extrêmement positif et le soutien que j’ai reçus de la part des futurs clients et des associations du quartier de Pontanézen. Une autre réussite a été de trouver un accompagnement de qualité avec l’Adie. En ce qui concerne les freins, le principal défi est, comme pour beaucoup de créateurs d’entreprise, administratif. Comprendre les formalités pour créer son entreprise en France, ainsi que la réglementation spécifique du commerce alimentaire est complexe et demande beaucoup de temps et de patience. Un autre frein significatif est l’accès au financement. En tant que nouvel arrivant et entrepreneur en démarrage, constituer un apport personnel et convaincre les institutions bancaires représente un défi de taille. C’est précisément sur ce point que l’accompagnement de l’Adie est vital pour présenter un dossier solide et explorer les solutions de microcrédit.

Comment et par qui avez-vous été accompagné dans le montage de votre projet ?

J’ai eu la chance d’être accompagné par plusieurs acteurs clés, dont le soutien a été déterminant. Mon partenaire principal est l’Adie. Ils m’ont aidé à structurer mon idée, à construire un business plan solide et réaliste, et à me former aux spécificités de la gestion d’une entreprise. Leur expertise sur le microcrédit est également précieuse pour monter mon dossier de financement.

Je me suis également rapproché de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Bretagne pour des informations spécifiques sur la réglementation du commerce de détail et les formalités de création d’entreprise. Enfin, je compte sur un accompagnement informel, mais tout aussi important : celui des associations de quartier à Pontanézen et des futurs clients que je croise. Leurs retours, leur enthousiasme et leurs conseils sur les produits qu’ils souhaiteraient me guident et me motivent au quotidien.

Quelles sont les particularités d’exercer votre activité en quartier prioritaire ?

Exercer mon activité à Pontanézen présente de réelles opportunités. Tout d’abord, sur le plan économique et administratif, cela me permet de bénéficier de dispositifs de soutien très concrets. J’ai pu me renseigner sur des exonérations temporaires de charges fiscales, comme la Cotisation Foncière des Entreprises (CFE) et la Taxe Foncière sur les Propriétés Bâties (TFPB). Pour un entrepreneur en phase de démarrage, ces allègements sont précieux, car ils permettent de réinvestir les ressources dans le développement du commerce et de mieux traverser la période cruciale des premières années.

Ensuite, mon projet bénéficie du soutien de l’Adie, un acteur clé pour l’accès au microcrédit et l’accompagnement des projets dans les QPV. De plus, je sais que des programmes comme Entrepreneuriat Quartiers 2030 mobilisent des moyens importants pour offrir un suivi renforcé, du réseau et un accès à des financements spécifiques, comme le prêt d’honneur Quartier. Enfin, et c’est peut-être le plus important, la particularité réside dans le lien social et humain. Ouvrir une épicerie dans un QPV, ce n’est pas juste vendre des produits. C’est créer un lieu de vie et de rencontre, un commerce de proximité qui répond aux besoins quotidiens des habitant·es. Je constate une forte solidarité et un véritable dynamisme entrepreneurial dans ces quartiers.

Quels sont vos souhaits pour l’avenir et pour développer votre activité ?

À court terme, mon plus grand souhait est de voir l’épicerie devenir un commerce incontournable et apprécié de Pontanézen. Je souhaite créer un lieu où les habitant·es aiment se retrouver, où la clientèle est fidèle et où règne une atmosphère chaleureuse et accueillante.

«Ouvrir une épicerie dans un QPV, ce n’est pas juste vendre des produits. C’est créer un lieu de vie et de rencontre.»

À moyen terme, j’envisage de développer l’activité en écoutant les besoins de mes clients. Cela pourrait passer par élargir l’offre de produits, par exemple avec des plats préparés à emporter, ou en organisant de petits événements culturels pour faire découvrir les saveurs du Bangladesh et d’ailleurs.

Je rêve aussi de développer un service de vente en ligne ou de livraison à domicile pour les personnes les moins mobiles du quartier.

Sur le long terme, mon souhait le plus cher est que ce projet dépasse le simple cadre commercial. J’aspire à ce que mon épicerie soit un véritable pilier de la vie du quartier, contribuant à son dynamisme. Si l’entreprise se développe, je souhaiterais pouvoir créer des emplois et, pourquoi pas, offrir des opportunités à d’autres personnes passionnées par le commerce et le lien social.

Plus personnellement, mon vœu est de réussir à m’enraciner durablement ici, à Brest, en démontrant par mon travail que l’entrepreneuriat est un vecteur d’intégration et de contribution à la société qui nous accueille.

 

Propos recueillis par Marie Fidel

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