Teddy ne se prédestinait pas à monter son entreprise de nettoyage. Mais le Covid est passé par là, augmentant les besoins en hygiène de la population. Il s’est alors formé jusqu’à devenir un virtuose pour faire briller les vitres. Décidé à reprendre la main sur son temps et sur la valeur de son travail, il a monté Cleanel Chrome.
Nom : Moisan
Prénom : Teddy
Âge : 25 ans
Signes distinctifs : Gentil, généreux, Teddy est souvent qualifié de « nounours » ou « petite crème ».
Nom de l’entreprise : Cleanel Chrome
Nature de l’activité : Nettoyage professionnel et nettoyage des vitres.
Pouvez-vous vous présenter ? Qu’est-ce qui vous a mené vers l’entrepreneuriat ?
J’ai grandi dans un quartier de Saint-Brieuc. Ma mère est indépendante, elle a repris l’entreprise de mon père de rempaillage de chaises, alors je connaissais ce que c’était d’entreprendre. Initialement, je me suis formé dans la peinture, en CAP, puis j’ai commencé à travailler dans des entreprises, comme peintre. Je me levais tôt le matin pour aller travailler et je voyais que je ne gagnais que 10,50 € brut de l’heure. Je me disais que ce n’était pas normal de toucher aussi peu pour le travail que je fournissais. Pourtant, je savais que mon temps valait quelque chose. Je voulais être le vendeur de mon temps et non esclave du système. Alors, j’ai décidé de me mettre à mon compte dans la peinture, deux mois avant le Covid et les confinements. Cela n’a pas marché dans ce contexte : les gens ne voulaient plus que l’on vienne chez eux. Par contre, le nettoyage était en train d’exploser parce qu’il fallait tout désinfecter. Alors j’ai fait des formations dans ce domaine et je suis tombé amoureux du métier, en particulier le nettoyage des vitres.
Quel projet avez-vous développé et pourquoi ?
Je me suis formé dans plusieurs entreprises de nettoyage, puis j’ai trouvé un travail de laveur de vitres polyvalent. C’est-à-dire qu’en plus des vitres, je suis habilité à nettoyer des toitures, terrasses, façades, bardages… En tant qu’agent polyvalent, on peut nettoyer des hottes de four dans les boulangeries, faire des remises en état de chantiers, par exemple. J’ai pris le meilleur de tout le monde en me formant dans différentes entreprises autour de Saint-Brieuc. Mes employeurs me sollicitaient surtout le soir, et, comme je pouvais faire plein de choses pendant la journée, j’ai pris l’initiative de proposer mes services de laveur de vitres dans quelques commerces, à mon compte. J’ai remarqué alors que cela me rapportait plus. Trois heures de travail en indépendant équivalaient à deux jours salariés. Je me suis alors dit : pourquoi ne pas me lancer ? J’ai créé mon entreprise le 4 avril 2024. Je propose mes services principalement aux professionnels, mais, depuis quelque temps, je m’adresse aussi aux particuliers. Je rentre dans les critères de l’aide à la personne, alors je leur fais bénéficier du crédit d’impôt de l’État, ce qui permet à mes clients une remise immédiate de 50 %. J’ai aussi développé une collaboration avec Airbnb pour nettoyer les logements entre les locations, on coordonne nos calendriers selon leurs besoins.

Quels ont été les réussites et les freins dans la mise en œuvre de votre projet ?
Quand je me suis lancé, je suis allé démarcher un premier client. Il a signé directement. C’était une réussite : premier jour, première démarche, premier client. Mais ensuite j’en ai démarché d’autres et cela a été plus compliqué. J’ai calculé, sur une quinzaine de prospects, un seul signera à la fin. Cette journée-là a été à la fois ma première réussite et ma première défaite. De vraies montagnes russes ! Après, dans mes réussites, il y a aussi le fait que j’ai voulu me lancer à partir de rien. J’ai seulement acheté le matériel minimum et, petit à petit, j’ai commencé à me faire. C’était ça mon idée du business. Partir de zéro. Puis mon principe était simple : si je ne travaille pas, si je n’ai rien à faire, je vais démarcher. Côté défaites, j’ai quelques exemples… j’ai essayé d’automatiser de nombreuses choses, comme le calendrier en ligne pour le Airbnb, cela m’a pris beaucoup temps, j’aurais peut-être dû déléguer à quelqu’un. Mais ma réussite, c’est qu’en persévérant sur ce sujet-là, cela a fini par aboutir. Tout comme le référencement de mon site internet. J’y ai passé des soirées entières ! C’est ce qui me rebooste à chaque fois. En persévérant, je vois que cela remonte… Que ce travail paie. Je ne me suis donné qu’à cela et, grâce à mes efforts, je reçois plus de demandes, plus d’appels… C’est ma plus belle réussite.
Comment et par qui avez-vous été accompagné dans le montage de votre projet ?
J’ai commencé mon activité en avril 2024. En octobre, j’ai répondu à l’appel Les Activé·e·s, un programme pour booster les entreprises dans les quartiers prioritaires, soutenu par BGE, L’Adie, la Banque de France, Saint-Brieuc Agglomération. On forme un groupe d’entrepreneurs nouvellement lancés et on nous propose de nombreuses formations sur le marketing digital, les assurances, le bilan annuel… Au départ je me suis dit que c’était l’opportunité de trouver de nouveaux clients. J’ai trouvé les ateliers très intéressants. L’Adie m’aide beaucoup aussi, Beril m’accompagne personnellement, c’est avec elle que j’ai construit mon offre vers les particuliers avec le crédit d’impôt ou l’agenda en ligne avec Airbnb. Être accompagné permet de se fixer des objectifs.
« Dans les quartiers, on essaie tous plus ou moins d’entreprendre. Mais on voit certains commerces tomber parce qu’ils ne sont pas toujours bien informés.»
Quelles sont les particularités d’exercer votre activité en quartier prioritaire ?
Dans les quartiers, on essaie tous plus ou moins d’entreprendre. Il y a beaucoup de garagistes, de coiffeurs… Mais on voit certains commerces tomber parce qu’ils ne sont pas toujours bien informés sur les formes juridiques, et les cotisations Urssaf. On essaie d’être solidaires, de se donner les informations, les bons plans. Par contre je dois admettre qu’il y a de l’engouement, quand quelqu’un s’en sort, les gens disent : « on a réussi ». C’est inspirant pour les voisins. Par contre, si l’on échoue, c’est autre chose, on entend plutôt : « Tu as loupé ». Quand tu perds, tu es seul. Cela peut être une force comme un handicap.
Quels sont vos souhaits pour l’avenir et pour développer votre activité ?
J’aimerais que l’on fasse plus confiance aux petites entreprises. Dans le nettoyage polyvalent, deux ou trois grosses entreprises prennent 85 % du marché. Les petites entreprises se répartissent les 15 % restants. Je souhaite proposer plus de services, et rendre plus accessible le nettoyage à domicile. Une chose me manque pour l’instant, c’est un camion. Le mien est tombé en panne. Mais si je souhaite me développer, je tiens à demeurer une petite entreprise, avoir des employés à l’avenir, mais pas plus de cinq. Cela correspond déjà à un grand volume de travail. J’aimerais que de nouveaux commerces se lancent et fassent appel à mes services et que les gens s’enlèvent les barrières qu’ils ont dans la tête et acceptent ce type de service, même les particuliers.
Propos recueillis par Marie Fidel


