Aïcha ne cuisine pas simplement, elle enchante complètement les sens. Saveurs, senteurs, couleurs se libèrent sous ses mains. Des compositions florales aux cocktails et menus, elle met tout son savoir-faire et sa créativité aux services d’heureux évènements, mariant les cultures culinaires et humaines…
Nom : Cissé
Prénom : Aïcha
Âge : 29 ans
Signes distinctifs : Dynamique et courageuse, Aïcha aime son travail et a bon cœur.
Nom de l’entreprise : C Délices
Nature de l’activité : Cuisine fusionnée franco-africaine, traiteur et décoratrice pour évènements.
Pouvez-vous vous présenter ? Qu’est-ce qui vous a mené vers l’entrepreneuriat ?
Mon parcours est difficile et m’a demandé du courage. Quand je suis arrivée en France, à l’âge de 15 ans, je ne parlais pas ni n’écrivais le français. Je quittais la Guinée Conakry, pour rejoindre ma sœur, à Royan, malgré l’interdiction de mon père. J’ai fait ce choix pour mon avenir. Je rêvais d’apprendre l’art de la gastronomie française. J’avais en tête les images de plats merveilleux de Top Chef, je me demandais : « pourquoi ne pourrais-je pas apprendre à les cuisiner ? ». Je me suis remise à niveau, à l’école, avant de m’orienter vers un CAP en restauration. Cela se passait bien, je me suis vite intégrée. Mais tout d’un coup, la semaine où je passais mon examen de CAP, j’ai perdu mon père et la préfecture m’a envoyé une OQTF (Obligation de quitter le territoire français). Mon école s’est mobilisée et a manifesté en ma faveur. J’ai pu passer mon examen et je l’ai obtenu avec mention, malgré tout. Un professeur m’a encouragée à poursuivre mes études, et j’ai intégré le Lycée professionnel de l’Atlantique de Royan, fin 2011. Ensuite, j’ai rencontré quelqu’un et nous nous sommes mariés en 2017. J’étais prête à signer un contrat d’embauche, mais je suis venue m’installer en Mayenne avec mon mari.
« J’ai fait ce choix pour mon avenir. Je rêvais d’apprendre l’art de la gastronomie française. »
Quel projet avez-vous développé et pourquoi ?
Laval n’est pas tellement réputée en restauration, contrairement à Royan, qui est plus touristique. J’ai commencé à travailler à Brialis, mais ce n’était pas mon domaine. Un jour, j’ai proposé à une connaissance : « Peux-tu dire à ta tante que je pourrais me charger du mariage de sa fille ? ». De là, tout est parti. J’avais confiance en moi, en ce que j’avais appris. Je savais ce que je faisais. Cette famille a accepté et c’est à ce moment-là que je me suis lancée. J’ai écrit mon plan, j’ai tout dessiné, et j’ai commencé. J’ai appelé partout pour obtenir des plats, des décors, des nappes, de la vaisselle. Tout le monde s’est mobilisé et tout était complet. J’ai passé une soirée et une nuit à décorer la salle, avec ma sœur. Quand ce fut prêt, tout le monde m’a dit : « Whaoou ». C’était un jour inoubliable. La mariée était très contente et, depuis, on m’a appelée pour d’autres événements. Mon projet le plus fort, c’est de mettre les plats en valeur et d’embellir les salles comme je le souhaite et selon le goût des clients. Quand on trouve un plat visuellement beau, cela donne envie. Le cœur est ouvert à la dégustation. Je m’occupe de tous types d’événements : cocktails, banquets d’anniversaire, baptêmes, réunions d’entreprise. Je m’occupe de la salle, de la cuisine et du service. Même les fleurs, je les compose moi-même. Le client n’a besoin de rien, sauf de dire à ses invités : « venez à telle heure. »
Dans ma cuisine, je travaille uniquement avec des produits naturels, sans colorants. Je mélange des produits français avec des produits d’ailleurs, hollandais, exotiques. J’aime utilise le nasi hollandais, un condiment à base de légumes séchés : carottes, poireaux, poivrons oignons. Je confectionne aussi mes propres assaisonnements, persillades et mélanges d’aromates. Avec cela je prépare du riz, de la viande selon les envies de mes clients.

Quels ont été les réussites et les freins dans la mise en œuvre de votre projet ?
Ma première réussite, c’est d’avoir assuré ce mariage de 400 personnes, en 2020. Je suis capable de réaliser la même prestation pour 1000 personnes. Les difficultés que j’ai rencontrées sont plus d’ordre personnel. Depuis un an, je suis maman solo. Cela m’a fait travailler la tête, puis je me suis dit : « non, Aïcha, ce n’est pas à cause d’un homme que tu vas gâcher ma vie et celle de tes enfants ». Je ne me suis pas laissée faire, j’élève mes deux garçons de 6 ans et 4 ans.
Dans mon activité, j’ai eu affaire à une cliente malhonnête. Elle m’avait assuré que la cuisine était équipée, mais c’était faux. Dans l’urgence, j’ai dû acheter un four pour assurer le service. De plus, j’ai dû beaucoup insister pour qu’elle paie ma prestation. Pourtant, toutes les convives étaient ravies. J’ai finalement eu gain de cause. Il y a eu des moments difficiles, mais surtout des moments remarquables, quand je réussis, quand les clients sont heureux. Une personne était tellement contente qu’elle a tenu à me payer plus que le prix initial. Récemment, j’ai fait une prestation pour la fête de l’indépendance de la Guinée, en présence des ambassadeurs de France et de Guinée, le ministre guinéen de la Culture et le maire de Laval.
Comment et par qui avez-vous été accompagnée dans le montage de votre projet ?
Au début, j’étais toute seule. Puis je me suis appuyée sur Anne, une personne qui travaille pour Pôle Emploi et le Territoire Zéro Chômage de Longue Durée. Elle m’a encouragée pour que je continue de me mobiliser, elle m’a dit que j’avais tous les talents pour. J’ai commencé à faire mon business plan, qu’elle a revu et puis elle m’a orientée vers BGE. Je fais la comptabilité avec eux. Ils me suivent. Sinon, ma sœur est tout le temps présente pour moi. Elle me soutient financièrement, physiquement et moralement.
Quelles sont les particularités d’exercer votre activité en quartier prioritaire ?
Dans mon quartier se trouve « Le Romarin », une boucherie-charcuterie de choix. Ils se fournissent à la ferme à proximité. Ils proposent aussi des fruits et légumes. Leurs produits sont frais, de qualité. C’est une vraie chance pour moi de pouvoir m’approvisionner directement chez eux. Ils me connaissent bien. Aussi, dans mon quartier se trouve l’école de mes enfants. Je fais partie de l’association des parents d’élèves. Chaque année, je prépare un repas pour les enfants et les professeurs. À l’école ou dans le voisinage, je suis souvent sollicitée pour préparer des plats. J’ai quelques spécialités bien demandées, comme la salade exotique, à base de fruits frais.
Quels sont vos souhaits pour l’avenir et pour développer votre activité ?
Je souhaite à mon projet d’aller plus loin, pour mettre en œuvre pleinement mon savoir-faire et remercier la France de m’avoir permis d’apprendre l’art de la table et de la cuisine. Ma cuisine aujourd’hui fusionne ce savoir-faire à la française et mes influences culturelles de cuisine africaine. Je m’inspire aussi des saveurs culinaires des Pays-Bas, où vit une autre de mes sœurs. Actuellement, je cherche un local, car il me tient à cœur d’ouvrir mon établissement traiteur et restauration. À l’avenir, j’aimerais agrandir l’entreprise et aller plus loin, partout en France et pourquoi pas jusqu’en Guinée !
Propos recueillis par Marie Fidel


