Aminata rayonne dans son magasin. À seulement 25 ans, elle a créé de toutes pièces son enseigne : Aminata Exotique, proposant une sélection fine de produits de beauté et alimentaires. Dernière son sourire, on devine la force d’une jeune femme courageuse en quête d’indépendance, portée par l’envie de partager sa culture africaine.
Nom : Haidara
Prénom : Aminata
Âge : 25 ans
Signes distinctifs : Battante, Aminata n’écoute qu’elle pour atteindre son objectif.
Nom de l’entreprise : Aminata Exotique
Nature de l’activité : Magasin afro proposant des produits cosmétiques (maquillage, mèches…), alimentaires, et des vêtements.
Pouvez-vous vous présenter ? Qu’est-ce qui vous a mené vers l’entrepreneuriat ?
Une très longue histoire m’a amenée ici. Elle commence en Guinée Conakry, le pays où j’ai grandi. En Afrique, il n’est pas rare de commencer à chercher de l’argent pour sa famille dès l’âge de dix ans. Très tôt on apprend à se débrouiller, à commercer. Quand je suis arrivée en France, à 16 ans, je voulais continuer mes études. J’étais en apprentissage de cuisine, mais j’ai toujours dit que je voulais ouvrir mon entreprise, pour montrer mon savoir-faire. Je songeais à une activité liée à la culture africaine. J’habitais dans la ville de Coutances, en Normandie, et j’ai remarqué qu’il n’y avait pratiquement personne qui faisait les tresses. Je connaissais des femmes africaines, tout comme des mamans d’enfants métisses. Elles ne savaient pas toujours comment faire pour se coiffer ou coiffer leurs enfants. Il y avait un réel besoin, car les cheveux africains demandent un entretien spécial.
« J’ai toujours dit que je voulais ouvrir mon entreprise, pour montrer mon savoir-faire. Je songeais à une activité liée à la culture africaine. »
Quel projet avez-vous développé et pourquoi ?
Quand je suis arrivée à Concarneau, en Bretagne, j’ai fait le même constat. Pour me faire tresser et coiffer mes enfants, j’étais obligée de me déplacer loin pour acheter des produits. Il m’arrivait d’aller jusqu’à Brest ou Quimper. Les coiffures de mes enfants ont suscité des questions et des demandes. Alors je me suis dit : pourquoi ne pas commencer à coiffer à domicile et voir comment cela se passe ? C’est ainsi que j’ai commencé. Il y avait de la demande. Mes clients m’ont encouragée : « Aminata, si tu ouvres un commerce, cela va marcher ». Je suis restée discrète, mais j’avais déjà ce projet en tête : ouvrir un magasin afro. J’ai commencé mes démarches en 2019 pour ouvrir ce magasin de produits alimentaires et beauté. J’étais jeune, j’avais 19 ans.

Quels ont été les réussites et les freins dans la mise en œuvre de votre projet ?
Mon âge a été un frein pour financer mon projet. Pourtant j’étais indépendante, je travaillais à la thalasso, je gagnais ma vie. J’avais déjà économisé un peu d’argent, mais j’avais besoin d’un crédit pour lancer mon projet. Trois banques ont refusé de m’accorder un prêt. Idem pour le local commercial, personne n’acceptait de me louer. Je tenais à ce que le magasin soit à Concarneau. J’ai déposé plusieurs dossiers, tous refusés. On m’expliquait que j’étais trop jeune, on me demandait pourquoi je ne faisais pas d’études, on me disait que cela n’allait pas marcher. Cela me causait du souci 24 heures sur 24, je n’en dormais plus. Sans crédit ni local, mon projet n’était rien. Puis la mission locale m’a conseillé de me rapprocher de l’organisme ADIE. Je suis allée les voir, je leur ai parlé de mon projet, et mon crédit a été accepté. J’étais très contente, mais il me restait la problématique du local, condition essentielle pour ouvrir mon magasin. Avec tant de refus, j’étais à deux doigts d’abandonner quand Finistère Habitat m’a appelée pour m’annoncer qu’ils acceptaient ma demande pour ce local à Kérandon. C’est ma plus grande réussite, quand tout a été accepté, en 2022. Mon projet prenait vie. Je suis partie à Paris pour acheter mes produits. J’étais tellement heureuse ! Je me souviens quand le bailleur m’a demandé comment je désirais agencer la déco, à quel emplacement je souhaitais installer les sanitaires. J’ai commencé à décorer le lieu et disposer le matériel, cela devenait réel. Un grand moment fut aussi quand le designer m’a demandé quel était le nom de mon magasin et les couleurs souhaités, pour créer l’enseigne. Je lui ai envoyé un dessin que j’avais conçu, inspiré des motifs des vêtements que je vends. C’est très réussi. Et le jour de l’ouverture, le 5 février 2023, j’ai réalisé 600 euros de chiffre d’affaires. Ce jour-là, je me suis dit : si je continue à me battre, ça va marcher.
Comment et par qui avez-vous été accompagnée dans le montage de votre projet ?
Trois organismes m’ont aidée. La mission locale, tout d’abord, qui m’a orientée vers Pôle Emploi, qui m’a aiguillée vers l’ADIE. Ils m’ont accompagnée jusqu’à maintenant, répondant à mes questions, me donnant des conseils pour créer ma micro-entreprise. Pour concrétiser ce projet, je me suis aussi beaucoup débrouillée seule. Le père de mes enfants a été présent pour moi du début à la fin. Il n’a pas hésité à prendre des jours de congé dans son travail pour me véhiculer jusqu’à Paris pour que je puisse m’approvisionner.
Quelles sont les particularités d’exercer votre activité en quartier prioritaire ?
C’est à Kerandon que j’ai obtenu mon local après de nombreux refus. L’avantage du quartier, c’est que l’on peut stationner facilement et gratuitement. Il y a toujours de la place. Certains de mes clients habitent le quartier. Ils représentent 30 à 50 % de ma clientèle. Même les mamas viennent me chercher des épices. Les jeunes sont gentils. Tout le monde me respecte ici, j’ai été bien accueillie.
Quels sont vos souhaits pour l’avenir et pour développer votre activité ?
Je souhaite que mon commerce soit une entreprise familiale, que mon mari et, plus tard, mes enfants puissent un jour y travailler s’ils ont envie. J’aimerais que mon commerce marche très bien pour pouvoir le développer. À l’avenir, je souhaite qu’au moins cinq « Aminata Exotique » existent, à Paris, à Lyon, dans des villes où il y a beaucoup d’Africains. Ma spécificité par rapport à d’autres commerces exotiques, c’est que je vends aussi le maquillage, avec de nombreuses teintes qui conviennent à toutes les couleurs de peau. J’ai aussi un autre projet à venir à Concarneau, toujours dans cette idée de partager mon savoir-faire, ma culture. Peut-être un jour…
Propos recueillis par Marie Fidel


