Portrait d’entrepreneure. Léa BRISSY, des livres ouverts sur le monde | Rennes

Elle a un nom : « Les gamineries ». Un logo plein de couleurs en préparation. La librairie de quartier de Léa n’attend plus qu’un local pour ouvrir ses portes, ouvrir les livres aux enfants pour qu’ils voyagent, ouvrir des ateliers pour créer. Le rêve ? Créer un véritable lieu de vie dans le quartier du Blosne.

Nom : BRISSY

Prénom : Léa

Âge : 33 ans

Signes distinctifs : forte et lumineuse.

Nom de l’entreprise : Les gamineries

Nature de l’activité : librairie de quartier spécialisée jeunesse.

Pouvez-vous vous présenter ? Qu’est-ce qui vous a mené vers l’entrepreneuriat ?

Ma passion du livre remonte à l’enfance. Mes parents et mon entourage sont de grands lecteurs. Moi, j’ai eu du mal à apprendre à lire parce que je suis dyslexique, mais, dès que j’ai commencé à pouvoir accéder à des livres adaptés, j’ai plongé dans la lecture. Cela m’a aidée avec ma dyslexie. C’est vraiment un rêve d’enfant, de travailler dans les livres, même si je ne savais pas encore sous quelle forme : je voulais être soit libraire soit autrice… Plusieurs choses m’ont menée vers ce projet de librairie indépendante. J’ai grandi à la campagne dans le 77 en Seine-et-Marne. Et je suis venue à Rennes pour mes études supérieures : ma licence de lettres modernes, d’abord, puis mon BP libraire. Je suis restée vivre ici. Après une mauvaise expérience salariée, puis plusieurs mois à chercher du travail comme libraire, un secteur assez bouché, j’ai réfléchi. Je me suis dit, mais en fait, pourquoi ne pas monter une librairie et faire vivre ce quartier où j’habite, autour du Blosne et de Francisco Ferrer ?

Quel projet avez-vous développé et pourquoi ?

« Les gamineries » sont parties d’un constat : il y a peu de librairies de quartier à Rennes. C’est en train de se développer doucement, mais il n’y en a pas dans celui où je vis, pourtant proche d’écoles, de parcs, de crèches. Et j’ai pensé que ce serait un endroit parfait pour une librairie jeunesse. Personnellement, la lecture m’a ouverte au monde et j’ai envie d’apporter cela aux plus jeunes. Je constitue un fonds de littérature jeunesse pour les 0-13 ans, avec une sélection d’éditeurs indépendants que j’affectionne, mais aussi du tout venant, pour la viabilité de ma librairie. Peu importe ce qu’on lit, on voyage toujours parce qu’on découvre un univers différent. Voilà ce que j’ai envie d’apporter, avec les livres : la possibilité de sortir de son quartier par la lecture. Et dans le projet, j’aimerais aussi organiser des ateliers créatifs hebdomadaires, pour offrir une nouvelle forme artistique. Je souhaite créer une véritable animation dans le quartier, à la manière d’un tiers lieu.

«Voilà ce que j’ai envie d’apporter, avec les livres : la possibilité de sortir de son quartier par la lecture.»

Quels ont été les réussites et les freins dans la mise en œuvre de votre projet ?

Cela fait plusieurs années que je rêve de ce projet, mais j’y travaille concrètement depuis le mois de juillet. Le plus compliqué pour me lancer est de trouver le bon local, ni trop grand, ni trop petit, ni trop cher… Sauf que pour avoir un local, il faut avoir un prêt et réciproquement. Les demandes de financement et de location se font en même temps. C’est cette étape qui me manque pour l’instant. J’ai eu une fausse joie avec un local dans lequel je m’étais vraiment projetée, mais le promoteur immobilier n’a pas donné suite. Le reste de mon projet est bien avancé, j’ai mon business plan. Je suis contente d’avoir trouvé ce nom pour ma librairie : « Les gamineries », qui parle aux enfants comme aux parents. Ma première réussite est d’avoir trouvé une super graphiste qui a capté l’esprit des « gamineries ». J’avais le souhait de ne pas passer par l’IA, et je ne regrette pas, car j’ai une très belle identité visuelle qui arrivera d’ici la fin de l’année.

Comment et par qui avez-vous été accompagnée dans le montage de votre projet ?

La BGE m’aide à construire mon entreprise, et à l’ouvrir, ils prennent en charge l’immatriculation. C’est moteur, chaque semaine, ils me forment et m’apprennent à être entrepreneure. Nous avons des cours sur la posture entrepreneuriale, on se présente par exemple à la banque, on apprend à monter son business plan. Sans formation, ce sont des choses assez difficiles d’accès, que l’on ne peut pas apprendre tout seuls. Là, des professionnels nous aident à inventer notre projet de A à Z. Ils nous initient à la finance, au droit, à la communication, c’est très riche comme formation. Et puis on rencontre d’autres entrepreneurs aussi, on peut créer des contacts et des ponts entre les différentes idées de chacun.

Quelles sont les particularités d’exercer votre activité en quartier prioritaire ?

C’est important de faire vivre un quartier, par ses commerces d’une part, mais aussi par l’échange que l’on peut créer avec sa clientèle d’habitués, les habitants. Avec mon projet d’ateliers créatifs, je souhaite participer à la vie du quartier, en offrant une forme d’éducation populaire. Montrer que les quartiers vivent et ne sont pas simplement des lieux d’habitation. On peut tout trouver dans un quartier, sans avoir forcément besoin d’aller en centre-ville. On peut se réapproprier son quartier. J’ai travaillé longtemps en école, comme animatrice périscolaire, et je voyais que, dans des quartiers prioritaires, il y avait cette envie de faire qui était bien plus présente chez les enfants. Une envie de faire des choses différentes du quotidien, aussi. Et je pense que si un commerce ouvre dans un quartier prioritaire, il y a cette envie de le faire vivre aussi parce que les gens sont malgré tout attachés à l’endroit où ils habitent. J’ai envie de pouvoir offrir des ateliers gratuits ou à prix libre, mais qualitatifs, pour que tout le monde puisse y participer. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas les moyens qu’on n’a pas la créativité et l’envie de faire.

J’ai envie de pouvoir offrir des ateliers gratuits ou à prix libre, mais qualitatifs, pour que tout le monde puisse y participer. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas les moyens qu’on n’a pas la créativité et l’envie de faire.

Quels sont vos souhaits pour l’avenir et pour développer votre activité ?

Au-delà du local que j’ai très envie de trouver rapidement, je souhaite développer mon activité pour que ma librairie devienne un vrai tiers-lieu. Je ne pars pas tout de suite sur un café-librairie, car je n’en ai pas les moyens humains, mais si tout fonctionne comme je veux, j’aimerais créer un lieu de vie, un lieu où les gens se disent : « Je ne vais peut-être pas m’acheter un livre aujourd’hui, mais je vais passer à la librairie parce que la librairie est sympa. On boit un bon thé et on peut discuter, et puis, en plus, ce soir, il y a une conférence sur la petite enfance, ça m’intéresse… » Peut-être que, dans quelques années, je pourrais aller au Salon du livre de Montreuil avec ma libraire « Les gamineries ». Pour l’instant, je tiens un stand pour un éditeur que j’apprécie. C’est un moment très riche, on vend, conseille, accueille les lecteurs et les éditeurs. L’accès au salon est gratuit et c’est aussi ce qui fait que c’est un salon qui fonctionne autant. Les conférences sont en accès libre, et si on a déjà nos livres, on peut les faire dédicacer par nos auteurs préférés. C’est un bon moment de vie, surtout à Montreuil où il y a un public vraiment varié.

 

Propos recueillis par Marie Fidel

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